Lettres: Les lilas et les Roses, poème d'Aragon.

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EXODE

Il y a soixante-dix ans   : les mois de mai et juin 1940

source image:  blogauto.com

 

 

Le poème fait référence  aux événements tragiques  qui submergent   l’Europe de l’Ouest en mai et juin 1940. «  Mai qui fut sans  nuage et Juin poignardé ».  En cinq semaines, l’armée allemande, après avoir traversé le Luxembourg et la Belgique, pénètre en France  par les Flandres  et Sedan puis  met  en déroute l’armée  française.   C’est la Blitzkrieg , la guerre- éclair.

Au fur et à mesure de l’avancée de l’ennemi sur les  routes de France, dix millions de personnes   apeurées s’enfuient. C’est l’Exode . Les Français du Nord se précipitent  vers les régions plus au Sud, Paris se vide en cinq jours.

 «Aux vélos délirants aux canons ironiques // Au pitoyable accoutrement des faux campeurs »  « Le cortège les cris la foule et le soleil »

Le 14 juin, les Allemands investissent  Paris et menacent de bombarder la ville si le gouvernement français ne capitule pas. Les drapeaux français sont confisqués.

Le 18 juin, le général de Gaulle, réfugié à Londres, lance l’appel à la Résistance.

Le gouvernement, dirigé par Philippe Pétain , qui succède à  Paul Reynaud, démissionnaire,  fait  demander l'armistice,  qui est signé le 22 juin 1940 dans le wagon emblématique  de Rethondes. Les conditions en sont  dures : la France est coupée en deux  par la ligne de démarcation. La moitié Nord est sous occupation allemande.  La France doit en plus financer  l'armée d’occupation.

  

Le 23 juin, Hitler visite  Paris : il  découvre une ville déserte. Pétain installe le gouvernement à Vichy, en zone libre.

Le poème écrit en juin 1940 est publié en 1941.  Dès juillet 1940, les premières mesures antijuives sont  prises par le gouvernement de Vichy.

 

 

 

 

Les Lilas et les Roses

 

O mois des floraisons mois des métamorphoses
Mai qui fut sans nuage et Juin poignardé
Je n'oublierai jamais les lilas ni les roses
Ni ceux que le printemps dans les plis a gardés

Je n'oublierai jamais l'illusion tragique
Le cortège les cris la foule et le soleil
Les chars chargés d'amour les dons de la Belgique
L'air qui tremble et la route à ce bourdon d'abeilles
Le triomphe imprudent qui prime la querelle
Le sang que préfigure en carmin le baiser
Et ceux qui vont mourir debout dans les tourelles
Entourés de lilas par un peuple grisé

Je n'oublierai jamais les jardins de la France
Semblables aux missels des siècles disparus
Ni le trouble des soirs l'énigme du silence
Les roses tout le long du chemin parcouru
Le démenti des fleurs au vent de la panique
Aux soldats qui passaient sur l'aile de la peur
Aux vélos délirants aux canons ironiques
Au pitoyable accoutrement des faux campeurs

Mais je ne sais pourquoi ce tourbillon d'images
Me ramène toujours au même point d'arrêt
A Sainte-Marthe Un général De noirs ramages
Une villa normande au bord de la forêt
Tout se tait L'ennemi dans l'ombre se repose
On nous a dit ce soir que Paris s'est rendu
Je n'oublierai jamais les lilas ni les roses
Et ni les deux amours que nous avons perdus

Bouquets du premier jour lilas lilas des Flandres
Douceur de l'ombre dont la mort farde les joues
Et vous bouquets de la retraite roses tendres
Couleur de l'incendie au loin roses d'Anjou

(Le Crève-coeur, 1941)

LOUIS ARAGON

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