lettres: 10 mai, commémoration de l'abolition de l'esclavage

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 ESCLAVAGE

 

source image:uia95.com

 

 

  En France métropolitaine, la date de la commémoration  est fixée au 10 mai en référence à la date de l'adoption en dernière lecture par le Sénat de la loi du 21 mai 2001.

 Mayotte , La Réunion, la Martinique, la Guyane et la Guadeloupe  ont fixé cette commémoration à d’autres dates  propres à leur histoire.

 Le  transfert  forcé  vers l’Amérique  a privé de leur liberté  12 à 20 millions d'Africains  entre le XVIe et le XIXe siècle.

 

Cette journée de commémoration est l'occasion  de relire  deux textes : un extrait de Candide de Voltaire , le nègre de Surinam et , par extraits, le discours de Victor Scholcher , au Sénat, au mois de mars 1848 ;

Candide, de Voltaire
Le nègre de Surinam.

En approchant de la ville, ils rencontrèrent un nègre  étendu par terre, n'ayant plus que la moitié de son habit, c'est-à-dire d'un caleçon de toile bleue; il manquait à ce pauvre homme la jambe gauche et la main droite.

"Eh! mon Dieu! lui dit Candide en hollandais, que fais-tu là, mon ami, dans l'état horrible où je te vois?

- J'attends mon maître, M. Vanderdendur, le fameux négociant, répondit le nègre.

- Est-ce M. Vanderdendur, dit Candide, qui t'a traité ainsi?

- Oui, monsieur, dit le nègre, c'est l'usage. On nous donne un caleçon de toile pour tout vêtement deux fois l'année. Quand nous travaillons au sucreries, et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe: je me suis trouvé dans les deux cas. C'est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. Cependant, lorsque ma mère me vendit dix écus patagons sur la côte de Guinée, elle me disait: "Mon cher enfant, bénis nos fétiches, adore-les toujours, ils te feront vivre heureux; tu as l'honneur d'être esclave de nos seigneurs les blancs, et tu fais par là la fortune de ton père et de ta mère." Hélas! je ne sais pas si j'ai fait leur fortune, mais ils n'ont pas fait la mienne. Les chiens, les singes et les perroquets sont mille fois moins malheureux que nous; les fétiches hollandais qui m'ont converti me disent tous les dimanches que nous sommes tous enfants d'Adam, blancs et noirs. Je ne suis pas généalogiste; mais si ces prêcheurs disent vrai, nous sommes tous cousins issus de germain. Or vous m'avouerez qu'on ne peut pas en user avec ses parents d'une manière plus horrible.

- O Pangloss! s'écria Candide, tu n'avais pas deviné cette abomination; c'en est fait, il faudra qu'à la fin je renonce à ton optimisme.

- Qu'est-ce qu'optimisme? disait Cacambo.

- Hélas! dit Candide, c'est la rage de soutenir que tout est bien quand on est mal"; et il versait des larmes en regardant son nègre; et en pleurant, il entra dans Surinam.

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EXTRAIT DU DISCOURS  DE VICTOR SCHOLCHER du 05 MARS 1848 , visant à obtenir du Sénat la loi qui enterinerait  l’abolition de l’esclavage.

"Mes chers amis trop longtemps nous nous sommes, désunis sur les questions essentielles

Nous devons nous unir pour combattre cette bête immonde qu'est  l'esclavage. Oui toujours l'union, car si vous vous unissez, si vous savez vous relier par les liens de cette immortelle et sublime devise que jusqu'ici la République n'a inscrite encore que sur des drapeaux.

Mais que nous voudrions voir graver en lettres indestructibles dans tous les coeurs : Liberté , Egalité , Fraternité , alors le salut du peuple sera certain.

Par contre si vous vous en écartez un instant, le peuple sera sauvé encore mais au prix de nouveaux malheurs.

Oui mes amis l'humanité marche évidemment vers la paix, non vers la guerre ; Vers la fraternité , non vers la colère et la haine .

Ayons une confiance inébranlable dans la victoire de la raison et de la justice , que l'intelligence de tous se développe par la liberté de la presse , la liberté de la tribune , la liberté de l'éducation , la liberté de la propagande orale, et ne soyons pas en peine du reste

Mes amis, poussez un cri qui nous touchera plus encore que ces cris de sympathie dont mon coeur est ébranlé. 

Je ne dirai pas Vive la République entourée d'institutions monarchiques , mais Vive la République qui aboutira à l'affranchissement du peuple.

Vive la République qui signifiera l'abolition absolue du prolétariat , Vive la république que nos pères ont entrevu quand ils ont dit

 

Liberté, Egalité, Fraternité.

 

Au nom des libertés, au nom de la dignité humaine, au nom des droits de l'homme, nulle terre française ne devra plus jamais porter d'esclaves.

 

"Nous voulons la liberté pour tous en France, nous voulons de même pour tous aux colonies; nous voulons la justice impartiale en France.....

Nous la voulons de même , aux colonies, nous voulons l'égalité pour tous en France, nous la voulons de même pour tous aux colonies.

En un mot: nous voulons la République en France ,...nous la voulons de même aux colonies. »

 

 

Publié dans REGARDS SUR LE MONDE

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