langue française: expressions à savourer

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Mig. LE PIED DE NEZ DU BOXEUR

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DECOUVRIR   LE POT AUX ROSES

 

 

L'origine de cette expression  reste bien mystérieuse.  Elle signifie aujourd’hui dévoiler un secret ou le fin mot d’une intrigue.

 Pour la comprendre véritablement, il faut  d’abord redonner au verbe « découvrir »  son sens premier : «  soulever ce qui couvre « (en l'occurrence un  couvercle ) .
L’expression est apparue au XII-XIII ème siècle.


Selon l’une des hypothèses, le « pot aux roses » était un récipient  contenant à l’origine  une préparation à base d’essence de  roses  ou d’eau de rose . La lotion étant volatile, il fallait que le contenant soit hermétiquement fermé.  Les dames  utilisaient l’eau de roses  depuis bien longtemps  pour se bassiner le visage, se donner bonne mine ( on dit que le produit est anti-rides et purificateur )  ou tout simplement se parfumer.

 En médecine, on en  humectait  le visages des malades   afin de les soulager de la fièvre. Sirop rosat, sucre rosat, miel rosat soignaient  les maux de tête et les lourdeurs d’estomac. En compresses, en décoctions, en tisanes,  en vinaigre, la rose était la panacée. Plante reine des jardins médicinaux  , on la trouvait à profusion dans les couvents  et les monastères.

 En cosmétique,  la rose était  tout aussi  prisée   . On vantait les vertus de la fleur depuis l’Antiquité .  Les Romains en faisaient une grande consommation : ils l’exportaient  à grands frais d’Egypte , de Lybie et de Carthage.  On  distillait les pétales , on fabriquait des pommades, de l’huile, des parfums .  Peu à peu,  le mot a pu désigner par extension toute préparation à base de fleurs .   Bien sûr, les dames , par coquetterie, n’appréciaient pas qu’un curieux soulevât le couvercle de leur pot aux roses personnel  pour découvrir leurs artifices.

Dans l’Antiquité et au Moyen- Age, la rose  aussi était le symbole du secret . Dans la mythologie grecque , la rose était associée à la déesse Aphrodite.  Son fils Éros, dieu de l’amour , en  donna une  à Harpocrate, avatar de Horus –enfant ,  dieu  du silence, représenté  un index  posé sur la bouche. Eros voulait ainsi  s’assurer que les aventures galantes de sa mère  soient tenues secrètes . Lors des fêtes dionysiaques , auxquelles Harpocrate était aussi associé,  les participants se couronnaient  de roses car cette fleur avait , croyait-on, la vertu  d'atténuer la chaleur causée par le vin et donc d’empêcher les langues  de se délier . Comme chacun sait, « in vino veritas » ....  Lors des banquets, si une rose était suspendue en hommage à Harpocrate,   les invités devaient garder secrètes les paroles échangées « sous la rose » « sub rosa » ou taire  les excès qui avaient pu s’y  commettre .  Cette tradition a perduré au Moyen-Age  .

Au XVIe siècle , on gravait  ces fleurs sur les confessionnaux et on en sculptait  dans les salles de banquets.

Pour les alchimistes, l’expression serait une allusion à la "rose minérale",  aux calculs  et manipulations  hermétiques  pour obtenir cette poudre  à partir de l’or et du mercure. Ce mélange rappelle la pierre philosophale, elle-même objet  de grands mystères.

Parler sous le sceau du secret, ou cacher ses artifices de beauté  dans un récipient fermé, les deux sens se sont probablement heurtés jusqu’à composer l’expression que nous utilisons aujourd’hui !

Publié dans LANGUE FRANCAISE

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