civilisation: le mois de mai chez les Romains

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CIVILISATION: le mois de MAI


Le mois de mai, chez les Romains, est en grande partie consacré au culte des morts, Lares , Larves ou Lémures.



CIVILISATION: le mois de MAI
Mai est le troisième mois du calendrier romain. L'étymologie n'est pas nettement attestée , et même Ovide, dans les Fastes, refuse de se prononcer... Mois de Maia et de son fils Mercure ou de Majestas et des Majores??

 

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Le mois de mai est le troisième de l’année dans le calendrier romain. L’étymologie  du nom est  rendue  peu claire par   une confusion  entre la déesse MAIA , mère de Mercure,  et une déesse homonyme  de la croissance MAJESTAS.

Ce mois  est  en partie consacré  au monde des Morts ,Mânes, lémures  ou Lares .

 

Les hésitations de l’étymologie.

Chez les Romains ce mois était consacré à la déesse Maïa.  D’origine grecque, la divinité, séduite par Zeus ,  a mis au monde Hermes ,  Mercure  pour les Romains.

Ce nom signifie littéralement « petite mère », terme affectueux désignant  traditionnellement  la grand-mère, la nourrice ou la sage-femme.

Le terme « maïeutique »  en dériverait également .

 

 

 Selon Larousse : "Dans la mythologie romaine , la Maïa grecque se confondit avec une divinité indigène homonyme , déesse de la croissance . Dans la mythologie hindoue , Maïa est la personnalisation féminine du principe créateur ."

Les Romains l’assimilent  à Bona Dea .

 

Cette confusion  avec une  déesse de la croissance repose sur une paronymie avec la racine MAG /MAJ, qui signifie «  (plus) grand »   , et que l’on trouve dans MAJORES (hommes âgés)

Le mois de mai serait donc  celui des anciens, des sénateurs  .Ce mois était d’ailleurs  représenté « sous la figure d'un homme entre deux âges, vêtu d'une robe large, à grandes manches et tenant une corbeille de fleurs. Un paon était à ses pieds. »

On lui oppose le mois de JUIN, qui serait le mois des JUNIORES (les plus jeunes)

 

Le mois de mai  serait , d’après Ovide, apparenté à MAJESTAS, déesse honorée par Romulus et Numa Pompilius et par les Patriciens. Cette déesse était liée à l’émulation, la rivalité : gardienne du pouvoir, elle protégeait les distinctions  tant chez les dieux que chez les humains.

 

 

 

 

 

 

Calendrier des fêtes

 

Le 1er mai, jour des Kalendes est consacré aux Génies protecteurs de la Cité et des familles, aux Lares et à la BONA DEA   

A l’origine, le Lare est  un esprit infernal. Le mot est parent de larva, « fantôme, spectre ». Représentant  l’esprit des  ancêtres, les lares  sont les fils de Mercure.

  Ils protègent

.

Le Génie symbolise la force spirituelle des hommes : il est représenté par un serpent, animal du monde souterrain Le serpent, attribut des dieux guérisseurs comme Esculape, était  aussi le génie protecteur des familles et du propriétaire.

On le représentait d’ailleurs sur les Laraires, ces  autels domestiques en forme de petits temples.

Chaque famille avait son Laraire, ses Lares particuliers, chargés de la protéger : le paterfamilias et sa famille rendaient hommage aux esprits des  aïeux en offrant de

en offrant de la nourriture ou des prières

 

 

       

 

Le 1er Mai, on célébrait particulièrement  les Lares  publics, les Lares Prestites . Ils  sont représentés sous les traits de deux jeunes guerriers assis, tenant la lance, vêtus d'un manteau qui dénude le haut du corps , avec un chien entre les deux . Ils protégent le sol et la Ville.

Praestant oculis omnia tuta suis.
Stant quoque pro nobis, et praesunt moenibus Urbis

Et sunt praesentes, auxiliumque ferunt                  

                                                         (Ovide, les Fastes ,traduction ci-dessous)


Par ailleurs, les Vestales célébraient ce même jour  l’ anniversaire de la dédicace du temple de la Bona Dea, déesse de la Chasteté, de la Fertilité et des Matrones, élevé sur la pente du rocher (saxum) de l'Aventin. Or, on représentait cette déesse, comme les Lares,  entourée de serpents, tenant parfois des herbes  médicinales.

                      

bona dea

 

 

 

 

 A partir du  9 mai,  on célébrait à Rome les Lémuries, pour apaiser les mânes des morts.

A  l'origine nommées Remuries, elles auraient  été instituées par Romulus pour se délivrer du fantôme de son frère Remus qu'il avait tué.  Ce dernier avait demandé qu’on institue des fêtes en son honneur.

 

Ces fêtes se passaient sur trois jours non consécutifs, le 9, le 11, le 13. On ne célébrait pas de mariage sur cette période et on fermait les temples et les tribunaux.

Les cérémonies de cette fête  visaient à exorciser les lémures (les âmes des morts), de prévenir leurs apparitions, et   de les empêcher de tourmenter les vivants.  On croyait en effet que ces jours-là   les Lémures sortaient des tombeaux et envahissaient les rues et les maisons.

La première nuit, à minuit, le paterfamilias, se purifiait  puis, en vêtements flottants, nu-pieds, faisait avec la main un signe pouce-doigts,  signe magique pour chasser les lémures. Il mettait successivement 9 fèves noires dans sa bouche, les mâchait  et les jetait par-dessus son épaule,  en disant chaque fois : « Par ces fèves, je me rachète  moi et les miens. » Ensuite, il se purifiait les  mains, puis il criait  9 fois : «  Mânes de la famille, sortez! » Jamais il ne se retournait car l’ombre, croyait-on, ramassait les fèves.

En même temps, il frappait sur de la vaisselle d‘airain.

 

le 14 mai, jour des  Ides , se déroule   la  cérémonie des Argées.

 Les Vestales font jeter depuis le Pont Sublicius dans le Tibre 27  ou  30 mannequins de jonc,  un par Curie ?? , qu’un cortège de citoyens et de Vestales est allé chercher dans des endroitss consacrés  nommés Argea. Ces mannequins  représentent des vieillards, pieds et poings liés .  Ce serait un simulacre d’anciens  sacrifices humains.

 Selon  les uns  , on aurait offert à l'origine à Saturne de véritables victimes humaines, mais Hercule aurait par la suite substitué de simples figurines.

Selon une autre interprétation, pour réserver le droit de vote aux jeunes, on se serait débarrassé de vieillards  en les jetant dans le Tibre.

Enfin, les  compagnons grecs d'Hercule, qui avaient choisi de rester en Italie, auraient demandé que leurs cadavres soient jetés dans le Tibre, afin de rejoindre leur terre natale ; leurs héritiers  auraient substitué aux cadavres des mannequins d‘osier.

 

 

 

LA-VESTA.jpgvestale

 

 

 

 

Le 15 mai, avait lieu la fête de Mercure.

 On lui avait consacré un temple  ce jour-là , près du Grand Cirque. Ce dieu de  l'éloquence, du commerce, des voyages ,et des routes ( et des dangers liés à tout déplacement,  les brigands par exemple)   est représenté « avec des ailes aux pieds, aux épaules, au  casque  et à la baguette nommée caducée qu'il tient entre ses mains. ».

Il est le messager des dieux et le héraut de Jupiter. Il est chargé aussi de conduire les âmes des morts aux Enfers, il est le fils de MAIA et  père des LARES.

 

C’est la fête des commerçants. Ils  célèbrent ce jour-là un rituel en faisant leurs ablutions à la Fontaine de Mercure, près de la Porte Capène . Il leur fallait retrousser leur tunique , remplir une urne d’eau de cette fontaine, s’en asperger  et  en  verser  sur  leurs marchandises  en priant le dieu de faire prospérer leurs affaires,  et d’oublier  leurs mensonges et  tromperies. Le dieu accepte leur requête en souriant.

: "Lave mes parjures passés, lave mes tromperies d'hier et puisse le jour qui vient me donner l'occasion de nouveaux parjures sans que les dieux en prennent ombrage. Accorde-moi seulement de gagner de l'argent et fais que j'ai le plaisir de duper l'acheteur."

 

Le 21 mai, les 3 Vestales les plus âgées préparent la saumure sacrée

 Elles ajoutent à de l’épeautre broyé et grillé  du sel cristallisé (durum) et du sel en dissolution (coctum). Cette préparation est utilisée dans les sacrifices.

 

Les  Ambarvalia du 29 mai  (pleine lune de mai) honorent  Céres

Les frères Arvales ( prêtres descendants des frères de Romulus)  font  des processions tout autour (ambi –arvalia)  de la ville de Rome pour purifier les champs  avant la maturation des céréales.

Ce rite agricole lustral  devait assurer la fertilité des camps et calmer la fureur guerrière du dieu Mars

En ville ,elle  donnait lieu à un SUOVETAURILE (sacrifice d'un porc, d'un bélier et d'un taureau).

A la campagne chaque fermier guidait les membres de sa famille ainsi  qu'une bête sacrificatoire dans un cortège autour des frontières de ses champs.

 

 

 

 

 

 

 

 

EN CONCLUSION.

Mois curieux  que ce mois de mai : l’exaltation immodérée des Floralia à peine éteinte,  voilà que commencent les Lémuria, jours   destinés à apaiser le rancune des Mânes  en colère , bientôt suivis des Argées,  simulacres  d’anciens  sacrifices humains et de la fête de Marcure, père des Lares , celui qui conduit les âmes aux Enfers, le dieu passeur  .

 

L’étymologie  fait appel à  MAIA, mère de Mercure et à la Racine MAJ, d’où  Majestas et Majores.

la  déesse   Majestas ,   gardienne dU  pouvoir et des attributions  , qui,  selon Ovide, préside ce mois,  veille à ce que chacun , dieux et  hommes,  morts et vivants   ,  ait son dû  .  En mai , Les  Lares, Mânes ou Lémures   sont    honorés  : en  contrepartie,     les vivants reçoivent   ce à quoi leur dévotion leur donne droit,    protection  et   nourriture .

 

  En parallèle, La sagesse  des MAJORES, les Anciens, les Sénateurs  ,    est mise à l’honneur. Ces vieillards respectés  font les lois et  veillent à organiser la  société : chacun  à sa place , selon son âge et  son mérite personnel ou patrimonial.  Ils frappent d’indignité et condamnent à une mort sociale ceux  qui transgressent   et  ,à  l’inverse, ils  récompensent la valeur.

 

La  stricte observance du cloisonnement  des privilèges , et des espaces dévolus à chacun, les morts dans le domaine souterrain, les vivants  dans la cité , mais dans un ordre social fixé  ,   garantit ’harmonie du monde  et   de Rome  !  Mois  de la vieillesse et de la sagesse , Mai est ainsi  celui de l’ordre et de l’équilibre.  

 

S. P. Q .R

 

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EN COMPLEMENT

 

En Grèce, ce mois se nommait THARGELION ;   le 6 et le 7, on célébrait tous les ans   c'est-, les Thargélies, fêtes consacrées soit à Apollon et à Diane, soit au Soleil et aux Heures.

 Ces fêtes étaient  sanglantes  : « Le premier jour on sacrifiait des victimes humaines ; c'étaient des individus condamnés à mort. Ils étaient conduits au son des flûtes hors de la ville sur le bord de la mer, leur cou était entouré de guirlandes de figues, et ils portaient également des figues dans les mains. Pendant cette marche, on frappait les victimes avec des branches de figuier sauvage. Arrivées au lieu du supplice, on les faisait monter sur un bûcher de bois de figuier auquel on mettait le feu; enfin on jetait leurs cendres dans la mer et aux quatre vents. » Visant à éliminer le mal, elles sont assimilées à des fêtes de purification.

 

Aujourd’hui encore, dans le monde occidental, les mariages de mai sont, dit-on voués à l’échec.
Fleurit tard ou jamais » affirment les proverbes.
« Noces de Mai , Noces mortelles » ou « Mariage du mois de Mai,

Pour les Romains déjà , on ne célébrait pas de mariages  en  mai , car ce mois était consacré aux Mânes .

 

 

 

 

 TRADUCTION

  Lares prestites

Praestant oculis omnia tuta suis.
Stant quoque pro nobis, et praesunt moenibus Urbis
Et
sunt praesentes, auxiliumque ferunt

Ils   assurent la sécurité de toutes choses en surveillant   //De plus, ils se dressent pour  nous /et gardent les remparts de la Ville //  ils sont  présents /et apportent leur aide.

 

 


OVIDE     FASTES,  livre 5, vers 60 et sq

"Autrefois, une tête blanche était tenue en grand respect

   et les rides d'un vieillard étaient estimées à leur juste prix.

Les jeunes hommes, en de courageux combats, géraient l'oeuvre de Mars,

   et assuraient la garde devant leurs dieux.

La vieillesse moins forte et inapte au maniement des armes,

   apportait souvent son aide à la patrie par ses conseils.

À cette époque la curie ne s'ouvrait qu'à des gens arrivés au soir de leur vie

   et le doux nom de l'âge mûr cadrait bien avec le sénat.

 

Les aînés faisaient les lois pour le peuple ; des lois précises déterminaient

   l'âge qui permet de briguer une charge honorifique.

Et quand l'aîné était avec des jeunes gens, sans que ceux-ci en prennent ombrage,

   il occupait le centre et, s'il n'avait qu'un compagnon, le côté intérieur.

Qui aurait osé, en présence d'un vieillard, prononcer un mot qui fasse rougir ?

   Une vieillesse avancée donnait accès à la censure.

Romulus s'en rendit compte et appela "Patres" les êtres d'élite :

   à ceux-ci il confia la haute direction de la ville nouvelle.

Dès lors, selon moi, les Maiores (aînés) donnèrent leur nom

   au mois de Mai, en s'inspirant de leur âge.

Numitor a peut-être dit : "Romulus, attribue ce mois aux vieillards"

   et le petit-fils peut n'avoir pas résisté à son aïeul.

Publié dans Civilisation romaine

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